Serious game

Un "serious game" pour discuter des déchets radioactifs à l’ULiège : une grande première en Belgique



Comment envisager l’avenir des déchets radioactifs ? Et si on essayait d’y réfléchir en jouant ?

L

e 24 avril dernier, plus de 80 étudiants et étudiantes, futurs politologues et futurs ingénieurs, une dizaine de collègues de la Faculté de Sciences appliquées et de la Faculté de Droit, Science Politique et Criminologie, et plusieurs représentants de l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire et de Bel V s’étaient donné rendez-vous pour vivre une session de « serious game ». Déjà testé au niveau européen et en France, l’utilisation de ce jeu de plateau était une grande première en Belgique avec les étudiants de l’ULiège !

Les règles du jeu étaient simples et finalement incroyablement réalistes. Sur la ligne de départ, une série d’objets très toxiques déjà présents sur le territoire belge. Un objectif : parvenir à les gérer et les contrôler durant des milliers, voire des millions d’années, avec une seule règle à laquelle aucun joueur ne peut déroger, veiller à assurer la sûreté de l’homme et de l’environnement. Entre les deux, les joueurs font face à des imprévus, des évènements perturbateurs, des changements non planifiés : comment évaluer la situation ? Que faire ? Comment réagir face à une « pénurie financière inattendue », de « nouveaux défis techniques », une « erreur d’exploitation », un « bouleversement institutionnel » ou une « perte d’intérêt politique » ? Quelles sont les conséquences de ces imprévus sur la mise en œuvre d’une option de gestion ?

« Faut-il des connaissances préalables pour jouer ? » interroge discrètement un étudiant. La réponse d’un co-organisateur a fusé, faisant écho à l’actualité de la crise sanitaire : « Vous êtes les futurs experts politologues ou ingénieurs qui conseillerez demain les décideurs politiques. Les connaissances scientifiques et techniques ne seront pas toujours disponibles et lorsqu’elles le seront, elles répondront sans doute imparfaitement à vos questions. Il faudra pourtant soutenir le processus décisionnel et pouvoir réagir en toute circonstance. Jouons pour le savoir ! ».

Créé par l'initiative SITEX rassemblant notamment des régulateurs nucléaires européens, le « Pathway Evolution Process (PEP)[1] serious game » n’a ni gagnant ni perdant. Le but du jeu est de sensibiliser aux incertitudes inhérentes aux différents projets sociotechniques conçus pour gérer ces déchets toxiques, de se projeter dans des futurs possibles et de réfléchir aux réponses à apporter collectivement à ces défis pour les générations futures.

Ce 24 avril, étudiants, professeurs et représentants de l’administration ont donc participé à une expérimentation à ciel ouvert en testant une méthode inédite. Les discussions ont été intenses mais respectueuses, et les questions ont été plus nombreuses que les réponses. Une certitude a émergé à l’heure de conclure de la journée : le serious game a rendu facile la rencontre des disciplines a priori éloignées que sont les sciences politiques et les sciences de l’ingénieur. Face à l’ampleur des défis en matière de sûreté nucléaire, il s’agit là d’un atout indéniable pour parvenir à gérer les incertitudes de manière interdisciplinaire. À l’heure de l’enquête publique sur le futur des réacteurs nucléaires belges, le PEP serious game est véritablement à expérimenter encore et encore, avec d’autres joueurs engagés, de toute urgence !

 

[1] Ce « jeu sérieux » a été créé dans le cadre du projet européen Sitex pour les déchets Hautement Radioactifs à Vie Longue, puis décliné en France à la gestion des déchets TFA par l’IRSN et la société Mutadis.
https://www.irsn.fr/FR/IRSN/Publications/Magazine-Reperes/archives/Documents/IRSN_magazine-reperes43-201910.pdf, site consulté le 1er avril 2020.

Share this news